Le 6 octobre 2026, trois ingénieurs de Google ont publié sur le blog officiel de Chrome un billet que beaucoup de développeurs web n'espéraient plus : à partir de la version 155, le navigateur décode le JPEG XL. Ce même format en avait été retiré fin 2022. Ce retour bouscule une question que l'on pensait réglée, celle du choix entre webp ou avif pour les images d'un site, d'un blog ou d'une boutique en ligne. Et il rappelle au passage que le bon vieux JPEG, lui, n'a jamais quitté la pièce.
État des lieux, chiffres en main, avant de trancher.
Chrome 155 rouvre la porte au JPEG XL
Pour mesurer le virage, il faut se souvenir de l'épisode précédent. Fin 2022, Google retirait de Chrome le support expérimental du JPEG XL, au motif que l'écosystème ne montrait pas assez d'intérêt pour ce format. Une partie de la communauté l'avait vécu comme l'annulation d'une série prometteuse après la première saison. Le format a pourtant survécu ailleurs : Safari le lit depuis sa version 17, sortie en 2023.
Le revirement s'est fait en deux temps. En février 2026, Chrome 145 a réintégré un décodeur écrit en Rust, baptisé jxl-rs, caché derrière une option expérimentale réservée aux curieux. Puis le billet du 6 octobre a officialisé l'arrivée du format dans Chrome 155. Ses auteurs, Luca Versari, Moritz Firsching et Philip Jägenstedt, expliquent ce choix sans détour.
« Notre décision de livrer JPEG XL repose sur les retours et les demandes constants des développeurs web. »
Luca Versari, Moritz Firsching et Philip Jägenstedt, blog Chrome for Developers, 6 octobre 2026
Google y met en avant une compression de 30 à 50 % meilleure que celle du JPEG, la compression sans perte, la HDR native et une astuce rare : convertir un JPEG existant en JPEG XL sans perdre un seul pixel, de façon réversible. Sur le papier, c'est le format qui coche toutes les cases. Dans la vraie vie, un format n'existe que si les navigateurs, les logiciels et les applications le lisent tous, et le JPEG XL n'en est pas encore là. Le billet ne précise d'ailleurs pas si le décodage est activé par défaut pour tous les utilisateurs de Chrome.
JPEG, le vétéran que personne n'arrive à déloger
Né en 1992, l'année où sortait Windows 3.1, le JPEG a la longévité d'un personnage de feuilleton qu'aucun scénariste n'ose faire mourir. Son atout tient en un mot : partout. Un JPEG s'ouvre sur un téléphone de 2012, dans un logiciel de mise en page, dans une messagerie d'entreprise et sur le cadre photo numérique offert à Noël.
Ce confort a un prix. D'après le chapitre Media du Web Almanac, l'étude annuelle de HTTP Archive publiée fin 2024, un JPEG médian pèse 2,0 bits par pixel sur mobile, contre 1,3 pour le WebP et 1,4 pour l'AVIF. Autrement dit, à image comparable, le vétéran transporte nettement plus de données que ses deux challengers.
Il recule, mais lentement. Le JPEG représentait 32,4 % des images des pages mobiles analysées en 2024, contre environ 40 % en 2022. Huit points perdus en deux ans, ce n'est pas un effondrement. C'est une retraite progressive, et le vétéran garde encore la première place du classement.
Le duel webp ou avif, chiffres sur la table
WebP est l'aîné des deux challengers. Google l'a lancé en 2010, et il a longtemps buté sur Safari, qui ne l'a pleinement adopté qu'avec sa version 16, en 2022. AVIF est plus jeune : il dérive du codec vidéo AV1, développé par l'Alliance for Open Media, un consortium qui réunit notamment Google, Apple, Microsoft, Netflix et Amazon. Chrome le lit depuis sa version 85 (2020), Firefox depuis la 93 (2021), Safari pleinement depuis la 16.4 (2023).
Résultat, fin octobre 2026, la compatibilité n'est presque plus un sujet pour les navigateurs. Le site de référence Can I use estime que 97,18 % des internautes utilisent un navigateur compatible WebP, et 96,35 % pour AVIF. L'écart tient dans l'épaisseur d'un pixel.
| Critère | JPEG | WebP | AVIF | JPEG XL |
| Année de lancement | 1992 | 2010 | 2019 | 2022 (norme ISO) |
| Poids médian sur mobile (bits par pixel, Web Almanac 2024) | 2,0 | 1,3 | 1,4 | non mesuré |
| Part des images sur mobile (Web Almanac 2024) | 32,4 % | 12 % | 1,0 % | non mesuré |
| Compatibilité navigateurs (Can I use, octobre 2026) | quasi universelle | 97,18 % | 96,35 % | Safari 17 et plus, Chrome 155 |
| Transparence et animation | non | oui | oui | oui |
| Ouverture hors navigateur | partout | large | inégale | rare |
Un détail du tableau surprend : sur le poids médian, WebP devance légèrement AVIF. Ce n'est pas forcément le moteur de compression qui est en cause. Le Web Almanac mesure ce que les sites publient réellement, avec leurs réglages, et il note que le poids médian des fichiers AVIF est passé d'environ 1,0 à 1,4 bit par pixel entre 2022 et 2024. À mesure que le format se démocratise, il est encodé avec des réglages plus généreux et sur des images plus variées. Le chiffre compare des usages, pas des algorithmes.
L'autre ligne qui compte est la part réelle sur le Web : 12 % pour WebP, 1 % pour AVIF. Le premier est installé, le second progresse vite (près de 386 % de croissance relative entre 2022 et 2024, selon la même étude) mais part de très bas.
Le revers d'AVIF : les fichiers qui refusent de s'ouvrir
Les données de recherche racontent une histoire que les comparatifs techniques oublient. En France, d'après l'outil Haloscan, la requête « avif to jpg » totalise environ 8 500 recherches mensuelles, « avif to png » 7 800, et « convertir avif en jpg » 2 400. Près de 19 000 recherches par mois pour se débarrasser d'un fichier AVIF.
Le scénario se devine aisément. Vous faites un clic droit sur une photo d'un site marchand, « Enregistrer l'image sous », et vous récupérez un fichier .avif que votre visionneuse, votre logiciel de retouche ou le formulaire d'une administration refuse d'avaler. Le navigateur l'affichait sans broncher ; le reste de l'ordinateur, beaucoup moins. WebP a traversé la même crise de croissance avant que les logiciels courants ne suivent.
C'est la limite d'un format pensé d'abord pour le Web : il brille dans un navigateur et cale dès qu'on sort du cadre. Pour un site, peu importe, puisque l'image est faite pour être affichée. Pour un photographe qui envoie ses fichiers à un imprimeur, c'est rédhibitoire. Le JPEG XL prétend justement réconcilier archive et Web, mais il partira lui aussi de zéro dans la plupart des logiciels du quotidien.
Le bon format selon ce que vous faites de vos images
Notre position est nette : pour un site web en 2026, AVIF en premier choix, WebP en filet de sécurité, JPEG en dernier recours. La balise HTML picture permet de proposer plusieurs versions d'une même image, le navigateur prenant la première qu'il sait lire. De nombreux CMS et services d'hébergement d'images savent produire ces déclinaisons automatiquement, ce qui évite de jongler à la main avec trois fichiers.
Vous tenez un blog ou une petite boutique sans équipe technique ? WebP seul suffit largement. L'écart de poids avec AVIF ne justifie pas de passer vos soirées dans des réglages d'encodage, et les fichiers WebP passent mieux dans les logiciels courants.
Vous partagez des photos avec votre famille, un client ou un imprimeur ? Restez au JPEG. Il est lourd, il est vieux, il est partout. C'est précisément ce qu'on lui demande.
Quant au JPEG XL, gardez-le à l'œil sans vous précipiter. Il coche plus de cases que ses rivaux, mais un format que seuls Safari et Chrome 155 décodent reste un pari, pas encore un standard. Le vrai test viendra de Firefox, des logiciels de retouche et des réseaux sociaux : tant qu'ils ne suivent pas, le nouveau venu reste un excellent format pour les initiés.
Vous n'êtes pas d'accord avec ce classement, ou vous aimeriez que l'on arbitre un autre duel technique ? Proposez-nous votre sujet via la page contact.