2,7 millions. C'est le nombre d'ordinateurs fixes et portables reconditionnés chaque année en France, selon l'étude publiée par la Banque des Territoires en mai 2025. Derrière chacun de ces appareils, il y a un ancien propriétaire qui s'est posé la même question au moment de le céder : faut-il effacer disque dur avant revente avec un outil spécialisé, ou un simple formatage fait-il l'affaire ?
La question n'a rien de théorique en ce moment. Depuis la fin du support de Windows 10, le 14 octobre 2025, une partie du parc français change de mains, vers Leboncoin, un reconditionneur ou le tiroir d'un neveu. Deux camps s'affrontent sur la bonne méthode. Les deux ont des arguments sérieux, et un seul a raison pour la majorité des lecteurs.
Ce que fait réellement un formatage
Formater, c'est préparer un support à recevoir des fichiers en y écrivant une table d'organisation neuve (le système de fichiers). Le mot recouvre pourtant deux opérations très différentes.
Le formatage rapide, coché par défaut dans Windows, se contente de réécrire cette table. Les fichiers ne sont plus référencés, mais leurs octets restent physiquement sur le disque, en attendant d'être recouverts. Un logiciel de récupération gratuit les retrouve souvent en quelques minutes. C'est l'équivalent d'arracher la table des matières d'un livre en laissant toutes les pages.
Le formatage complet change la donne. Microsoft a modifié son comportement avec Windows Vista : depuis cette version, il écrit des zéros sur toute la surface du volume. Sur un disque dur mécanique, une passe de zéros rend les anciennes données inexploitables pour un particulier. La CNIL elle-même, dans sa fiche consacrée à l'effacement des données avant de se séparer d'un appareil, conseille de décocher l'option « Formatage rapide » pour un disque secondaire.
Toute la querelle tient dans cette nuance. Ceux qui disent « le formatage ne sert à rien » parlent du rapide. Ceux qui disent « le formatage suffit » parlent souvent du complet, sans le préciser.
Le camp du « réinitialiser et basta »
Premier camp : les outils intégrés au système font le travail, et l'effacement sécurisé relève de la paranoïa.
Leur meilleur argument vient des éditeurs eux-mêmes. Sous Windows 10 et 11, la fonction « Réinitialiser ce PC » propose, dans le mode « Supprimer tout », une option baptisée « Nettoyer les données ». Microsoft est explicite sur son usage.
« Si vous envisagez de donner, recycler ou vendre votre PC, utilisez cette option. »
Microsoft, page d'assistance « Réinitialiser votre PC »
Côté Apple, les Mac équipés d'une puce Apple Silicon ou du coprocesseur T2 disposent depuis macOS Monterey (2021) d'une commande « Effacer contenu et réglages ». Elle détruit la clé de chiffrement du disque, ce qui rend son contenu illisible en quelques secondes. La CNIL, de son côté, ne recommande aucun logiciel tiers en premier choix : elle renvoie aux procédures de Microsoft et d'Apple.
Ce camp ajoute un argument d'expérience : la récupération après une réinitialisation correcte exige, selon la CNIL, les moyens d'un laboratoire spécialisé, du type de ceux mobilisés dans les enquêtes judiciaires. Votre acheteur de Leboncoin n'en a pas.
Le camp de l'effacement sécurisé
Second camp : faire confiance à un bouton « Réinitialiser », c'est faire confiance à un processus que l'on ne contrôle pas.
L'argument porte surtout sur trois cas. D'abord, beaucoup d'utilisateurs choisissent la réinitialisation sans l'option de nettoyage, plus rapide, et croient avoir tout effacé. Ensuite, les vieux PC vendus en ce moment tournent souvent sous Windows 10 avec un disque dur mécanique, rarement chiffré. Enfin, un ordinateur qui a servi au travail ou à la gestion des papiers de famille contient des données dont la fuite coûte cher : bulletins de salaire, avis d'imposition, pièces d'identité scannées.
Pour ces profils, les partisans de l'effacement sécurisé recommandent un outil dédié. La CNIL cite le logiciel libre Eraser pour les particuliers et Blancco, certifié par l'ANSSI, pour les professionnels. Les fabricants de SSD fournissent aussi une commande d'effacement matériel (Secure Erase), qui remet toutes les cellules à zéro depuis le contrôleur du disque.
Ce camp a raison sur le diagnostic. Il se trompe souvent sur le remède quand il prescrit sept ou trente-cinq passes de réécriture : la norme américaine NIST SP 800-88, révisée en septembre 2025, considère qu'une seule passe suffit sur un disque mécanique moderne et pousse surtout l'effacement cryptographique. Sept passes sur un disque de 2015, c'est passer la serpillière sept fois sur un sol déjà sec.
SSD ou disque dur : effacer disque dur avant revente ne se fait pas pareil
Le vrai juge de paix, c'est le support. Un disque dur mécanique enregistre les données sur des plateaux magnétiques, à un emplacement fixe : réécrire cet emplacement suffit à les détruire. Un SSD (disque à mémoire flash) répartit ses écritures sur ses cellules pour s'user moins vite et garde des zones de réserve invisibles du système. Une réécriture logicielle classique ne les atteint pas toujours. D'où l'intérêt, sur SSD, du chiffrement (BitLocker sous Windows, FileVault sur Mac) ou de la commande Secure Erase du fabricant.
| Situation | Méthode suffisante | Méthode à éviter |
| PC récent, SSD chiffré par BitLocker | Réinitialiser ce PC, Supprimer tout, Nettoyer les données | Logiciel de réécriture multi-passes, inutile et usant |
| Mac Apple Silicon ou T2 | Effacer contenu et réglages | Formatage manuel dans l'Utilitaire de disque sans réinstallation |
| Vieux PC, disque dur mécanique | Réinitialisation avec nettoyage, ou formatage complet | Formatage rapide seul |
| SSD non chiffré, données sensibles | Secure Erase via l'outil du fabricant | Supprimer les fichiers et vider la corbeille |
| Disque hors service | Destruction physique | Revente en l'état |
Un point commun à toutes les lignes : sauvegardez avant, puis déconnectez vos comptes (Microsoft, Apple, Google, navigateur). Un compte resté lié peut bloquer l'acheteur et vous exposer, même sur un disque parfaitement nettoyé.
FAQ