14 octobre 2026. Un an jour pour jour après la date fatidique, d'après le dernier relevé de StatCounter, un PC Windows sur quatre en France tourne encore sous Windows 10. Les écrans ne se sont pas éteints, les fichiers n'ont pas disparu, et Microsoft a même repoussé une seconde fois l'échéance des correctifs de sécurité. La windows 10 fin de support, annoncée comme un couperet, ressemble aujourd'hui davantage à un long sursis. De quoi relancer la querelle entre ceux qui gardent leur vieux système et ceux qui jugent la migration vers Windows 11 inévitable.
Ceux qui ont connu la fin de Windows XP, le 8 avril 2014, ont une impression de déjà-vu. Avec une différence de taille : cette fois, le sursis est officiel.
Ce que recouvre la « windows 10 fin de support » depuis le 14 octobre 2025
Techniquement, Microsoft a cessé le 14 octobre 2025 de fournir gratuitement à tous les correctifs de sécurité, les nouvelles fonctions et l'assistance technique de Windows 10. Le système continue de démarrer et de fonctionner normalement. Ce qui disparaît, ce sont les rustines qui bouchent les failles découvertes chaque mois.
Pour éviter un trou de sécurité géant, l'éditeur a ouvert un programme baptisé ESU (Extended Security Updates, ou mises à jour de sécurité étendues). Il ne livre que des correctifs de sécurité, rien d'autre. Dans l'Espace économique européen, la pression de l'association de consommateurs Euroconsumers a conduit Microsoft, en septembre 2025, à rendre ce programme gratuit pour les particuliers pendant un an, sans exiger la sauvegarde dans le cloud ni les points Microsoft Rewards imposés ailleurs.
Les entreprises, elles, paient : 61 dollars par poste la première année, puis un tarif qui double chaque année, avec une couverture possible jusqu'en octobre 2028.
Le sursis ESU prolongé jusqu'en octobre 2027
Le programme grand public devait s'arrêter en octobre 2026. Il n'en est rien. Le 25 juin 2026, Microsoft a informé par courriel l'association Alternatiba de sa décision de le prolonger d'un an, selon Reporterre. La page officielle de l'éditeur le confirme désormais : les mises à jour de sécurité étendues sont fournies jusqu'au 12 octobre 2027.
« C'est une victoire pour l'écologie, le climat et le pouvoir d'achat. »
Aurore David, porte-parole d'Alternatiba, citée par Reporterre le 26 juin 2026
En France, les conditions sont claires. L'inscription est gratuite à condition de rester connecté à Windows avec le compte Microsoft utilisé pour s'inscrire. Ceux qui tiennent à leur compte local peuvent payer une fois 30 dollars, ou l'équivalent en monnaie locale, taxes en sus. Dans les deux cas, un compte Microsoft est requis au moment de l'inscription.
La mobilisation a pesé. En septembre 2025, l'association Halte à l'obsolescence programmée (HOP), UFC-Que Choisir et une vingtaine d'organisations lançaient la pétition « Non à la taxe Windows », réclamant des mises à jour gratuites jusqu'en 2030. HOP estimait qu'entre 300 et 400 millions d'ordinateurs dans le monde risquaient d'être poussés vers la déchetterie sans report.
Les arguments de ceux qui restent
Le camp du « je garde Windows 10 » ne se compose pas seulement de réfractaires au changement. Son premier argument est matériel : Windows 11 exige une puce de sécurité TPM 2.0 et un processeur relativement récent. Des millions de machines parfaitement fonctionnelles ne passent pas ce filtre. Remplacer un ordinateur qui marche pour une question de compatibilité logicielle, c'est un achat contraint, pas un choix.
Deuxième argument, le calendrier. Avec l'ESU gratuit jusqu'au 12 octobre 2027, un particulier européen dispose encore de près d'un an de correctifs sans rien débourser. Attendre, c'est repousser une dépense et, peut-être, profiter d'un nouveau report si la pression des associations continue de payer.
Troisième argument, la stabilité. Un système que l'on connaît par cœur, avec des logiciels et des périphériques qui fonctionnent, a une valeur que les fiches techniques ne mesurent pas. Une imprimante de dix ans qui imprime vaut mieux qu'une imprimante neuve dans un carton.
Les arguments de ceux qui migrent
Le camp d'en face répond par un chiffre : en septembre 2026, selon StatCounter, Windows 11 équipait 75,04 % des ordinateurs Windows en France, contre 24,39 % pour Windows 10. La bascule est faite. Les éditeurs de logiciels, de jeux et de pilotes concentrent désormais leurs efforts sur le système majoritaire.
Surtout, l'ESU n'est qu'une perfusion. Il apporte les correctifs de sécurité, mais aucune nouvelle fonction, aucune amélioration, et il s'arrête à date fixe. Le 12 octobre 2027, sauf nouveau rebondissement, le problème se posera à nouveau, avec une machine plus vieille d'un an. Reporter une migration inévitable, c'est la faire dans de moins bonnes conditions.
Enfin, la mise à niveau vers Windows 11 reste gratuite pour un PC compatible. Pour ceux-là, rester sous Windows 10 revient à refuser un produit déjà payé.
Windows 10 ou Windows 11, point par point
| Critère | Rester sous Windows 10 | Passer à Windows 11 |
| Correctifs de sécurité | Via l'ESU, jusqu'au 12 octobre 2027 | Mises à jour mensuelles et nouvelles versions régulières |
| Coût pour un particulier en France | Gratuit avec compte Microsoft, ou 30 dollars une fois avec compte local | Gratuit sur un PC compatible, prix d'un nouvel ordinateur sinon |
| Matériel requis | Celui que vous avez | Puce TPM 2.0 et processeur récent |
| Nouvelles fonctions | Aucune | Oui |
| Part des PC Windows en France (StatCounter, septembre 2026) | 24,39 % | 75,04 % |
| Horizon | Un an de répit, au mieux | Plusieurs années |
Ce que ça change concrètement
Si votre PC est compatible, passez à Windows 11 maintenant. La mise à niveau est gratuite, vos fichiers sont conservés, et il n'y a aucune raison de rester sur un système en fin de vie pour attendre une échéance qui finira par tomber. Faites-le à froid, un dimanche tranquille, plutôt qu'en catastrophe en octobre 2027.
Si votre PC n'est pas compatible, la réponse s'inverse. Inscrivez-vous à l'ESU gratuit et gardez votre machine jusqu'au 12 octobre 2027. Utilisez cette année de sursis pour préparer la suite sans vous précipiter : un ordinateur neuf, un reconditionné compatible, ou un passage à Linux pour une machine qui sert surtout à naviguer et écrire. Racheter un PC qui fonctionne parfaitement dès aujourd'hui, c'est payer douze mois trop tôt.
Un seul profil doit agir sans délai, quel que soit le matériel : les professionnels, indépendants compris, puisque le programme grand public est réservé à un usage personnel. Pour eux, le sursis gratuit n'existe pas.
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