« Votre colis n'a pas pu être livré. Reprogrammez la livraison ici. » Le message tombe un mardi soir, entre un rappel de rendez-vous médical et une photo envoyée par votre sœur. Le lien ressemble à celui d'un transporteur, l'heure est crédible, et vous attendez justement un paquet. C'est tout l'art du phishing sms, que les spécialistes appellent smishing : il ne s'invite pas dans une boîte mail encombrée, il se glisse entre deux conversations intimes.
Face à lui, le bon vieux courriel piégé n'a pas pris sa retraite. Lequel des deux fait le plus de dégâts ? Les chiffres de 2025, publiés en mars 2026, donnent une réponse moins évidente qu'il n'y paraît.
Le phishing sms contre l'e-mail : ce que disent les chiffres de 2025
Commençons par ce qui est certain. Le rapport d'activité de Cybermalveillance.gouv.fr, présenté le 26 mars 2026, place l'hameçonnage (la technique qui consiste à imiter un organisme de confiance pour vous soutirer identifiants, codes ou coordonnées bancaires) au premier rang des menaces, tous publics confondus. Les demandes d'assistance qui le concernent ont bondi de 70 % en un an, et le dispositif public a accompagné plus de 500 000 victimes en 2025, soit 20 % de plus qu'en 2024.
Ce qui est moins confortable : aucun organisme public ne publie de répartition des victimes entre SMS et e-mail. Le rapport décrit des vagues « par SMS, courriels ou même appels audio », sans trancher. Quiconque vous annonce un pourcentage précis de victimes par canal en France s'avance donc sans filet.
Il faut juger sur faisceau d'indices. Il y en a plusieurs, et ils ne vont pas tous dans le même sens.
L'e-mail, piège de masse qui garde l'avantage du volume
Le camp de l'e-mail a un argument simple : la quantité. Envoyer un million de courriels ne coûte presque rien, alors qu'un SMS reste facturé, même à bas prix, et exige des cartes SIM ou des passerelles d'envoi que les opérateurs traquent. Le courriel permet aussi des mises en scène plus riches : logo, mise en page soignée, pièce jointe piégée, faux formulaire de connexion. Pour imiter une facture d'énergie ou une notification de l'administration fiscale, c'est l'outil idéal.
Il bénéficie enfin d'un public captif : les professionnels. Le même rapport de Cybermalveillance.gouv.fr note que les piratages de comptes, souvent déclenchés par un courriel piégé, sont en tête des menaces touchant les entreprises, avec une hausse de 45 %. Dans un bureau, l'e-mail reste le canal par lequel tout arrive, y compris le pire.
Le SMS, piège de proximité qui convertit mieux
Le camp du SMS ne gagne pas au volume. Il gagne à l'efficacité, pour quatre raisons :
- Le contexte : un SMS arrive sur un objet personnel, au milieu de messages de proches, ce qui baisse la garde.
- L'écran : sur un téléphone, l'adresse complète d'un lien est souvent tronquée, et vérifier un expéditeur demande plus d'efforts que sur un ordinateur.
- Le filtrage : les messageries électroniques trient le spam depuis des années, alors que la boîte de réception SMS reste beaucoup plus perméable.
- La méconnaissance : selon une enquête Ipsos pour Cybermalveillance.gouv.fr publiée en septembre 2024, 73 % des Français disaient avoir déjà été confrontés à l'hameçonnage, mais seuls 7 % identifiaient le terme « smishing ».
Un indice chiffré vient appuyer ce raisonnement. Le rapport annuel de Verizon sur les violations de données (DBIR), édition 2026, mesure pour la première fois des campagnes de simulation par téléphone et SMS : le taux de clic médian y atteint environ 2 %, contre 1,4 % pour les simulations par e-mail, soit 40 % de plus. Ces chiffres portent sur des tests en entreprise et non sur des victimes réelles, mais ils confirment l'intuition : à message égal, le téléphone piège davantage.
Côté volume, le SMS n'a d'ailleurs pas à rougir. L'association des opérateurs mobiles (Af2m), qui gère le 33700, a recensé 3,4 millions de signalements en 2023, contre 2,2 millions l'année précédente. Le bilan 2025 n'a pas été publié à ce jour.
Le front s'est déplacé vers le téléphone tout entier
Opposer SMS et e-mail a pourtant quelque chose de daté. En 2025, les escrocs ne choisissent plus un canal : ils les enchaînent. Un SMS annonce une opération suspecte, un faux conseiller rappelle dans la foulée avec le numéro de votre agence affiché à l'écran, et la victime valide elle-même un virement. Le rapport de Cybermalveillance.gouv.fr mesure une hausse de 517 % de l'usurpation de numéro de téléphone et de 159 % de la fraude au faux conseiller bancaire.
« 2025 a ainsi été marquée par de multiples vagues d'hameçonnage par SMS, courriels ou même appels audio, de plus en plus variées et personnalisées. »
Cybermalveillance.gouv.fr, communiqué de presse du 26 mars 2026
Le carburant de ces arnaques, ce sont les fuites de données : les demandes d'assistance liées aux violations de données ont progressé de 107 % en 2025. Un escroc qui connaît votre nom, votre opérateur et votre dernier achat n'a plus besoin d'un e-mail générique. Il vous écrit sur votre téléphone, en vous appelant par votre prénom.
FAQ
Le piège qui gagne, et ceux qu'il épargne
La rédaction tranche : en 2026, pour un particulier, le phishing sms fait plus de victimes que l'e-mail, non parce qu'il est plus fréquent, mais parce qu'il frappe là où la vigilance est la plus basse et qu'il sert de porte d'entrée aux arnaques par téléphone, celles qui coûtent le plus cher. Le courriel est un filet jeté au hasard. Le SMS est un hameçon tendu à hauteur de main.
La réponse inverse reste juste pour les salariés et les indépendants qui vivent dans leur messagerie professionnelle : pour eux, l'e-mail piégé, avec ses fausses factures et ses faux liens de partage, demeure la menace principale, comme le montre la hausse des piratages de comptes chez les professionnels.
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