Deux milliards de dollars. C'est le chiffre d'affaires que pourraient atteindre d'ici cinq ans les traitements cliniques des changements de peau liés aux médicaments contre l'obésité, contre environ 700 millions aujourd'hui, selon des estimations du Boston Consulting Group de 2025. Le 21 octobre 2026, l'agence Reuters a révélé que Galderma, L'Oréal et Natura testaient des soins ciblant l'ozempic face, ce visage creusé que l'on prête aux utilisateurs de sémaglutide. Reste à savoir si le médicament y est pour quelque chose.
Ce que préparent les géants de la beauté
Galderma a étudié le comportement de deux produits déjà commercialisés, Sculptra, qui stimule le collagène, et l'acide hyaluronique Restylane, sur ces visages amaigris. L'Oréal, actionnaire du groupe suisse, teste ses propres produits auprès d'utilisateurs d'agonistes du GLP-1, la famille de molécules d'Ozempic et Wegovy. Le brésilien Natura fait de même et développe une nouvelle génération de soins.
Leur pari est simple : le nom « Ozempic face » suggère un effet propre au médicament, donc un besoin spécifique, donc des produits dédiés.
Ozempic face : ce que disent les dermatologues
Le camp médical conteste la prémisse. Beibei Du-Harpur, dermatologue et enseignante au King's College London, juge le terme trompeur.
« The drug doesn't melt your collagen. »
Beibei Du-Harpur, King's College London, à Reuters, 21 octobre 2026
Autrement dit, la molécule ne fait pas fondre le collagène. Ce qui disparaît, explique-t-elle, c'est la couche de graisse située sous la peau. La littérature va dans le même sens : une revue critique publiée le 9 juin 2026 dans le Journal of Cosmetic and Regenerative Medicine, fondée sur 44 articles, décrit un phénotype des tissus mous lié à une perte de poids rapide ou importante. Les facteurs principaux sont la vitesse d'amaigrissement, la quantité de graisse perdue et la réserve des tissus liée à l'âge. Pas le médicament en tant que tel.
Le médicament accélère la chute ; il ne la fabrique pas.
Alors, médicament ou balance ?
La balance. L'« Ozempic face » est un phénomène réel, mais son nom désigne le mauvais coupable : c'est la vitesse et l'ampleur de l'amaigrissement qui creusent les joues, d'autant plus que la peau a vieilli. Et si ce qui manque est de la graisse en profondeur, une crème appliquée en surface a peu de chances de la remplacer, Beibei Du-Harpur soulignant qu'aucune preuve ne montre qu'un soin topique atteigne cette couche.
La réponse inverse vaut pour qui perd beaucoup de poids en quelques mois : le traitement joue alors un rôle indirect, en rendant possible une perte trop rapide, et en ajuster le rythme avec son médecin a du sens. Pour l'alimentation, autre terrain de querelles, notre décryptage sur l'étude qui oppose graisses et glucides fait le point.
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